
Inaugurée en 1929 dans le 16e arrondissement de Paris, la Piscine Molitor constitue un chef-d’œuvre du style paquebot. A la fois lieu mythique des loisirs parisiens et témoin de l’évolution du patrimoine urbain, elle fascine encore aujourd’hui par son histoire mouvementée et sa spectaculaire renaissance.
Une Piscine Molitor née en 1929 dans un Paris en mutation
En 1929, Paris modernise activement ses équipements sportifs. Après la Première Guerre mondiale, les pratiques évoluent profondément : le sport devient un enjeu de santé publique, l’hygiène occupe une place centrale et les loisirs s’intègrent progressivement à la vie urbaine.
Dans ce contexte, la Ville de Paris construit de nombreuses piscines, stades et gymnases afin d’améliorer la qualité de vie des habitants.
La Piscine Molitor ouvre ses portes en grande pompe sous le regard de deux champions olympiques américains, Aileen Riggin Soule et Johnny Weissmuller. À seulement vingt-cinq ans, ce dernier jouit déjà d’une renommée mondiale grâce à ses cinq titres olympiques en natation. Quelques années plus tard, il deviendra le premier Tarzan du cinéma. Durant l’été 1929, il travaille même comme maître-nageur à Molitor.
Quand Molitor devient le temple des loisirs parisiens
Dès son ouverture, Molitor se démarque par son caractère innovant. Le complexe ne se limite pas à un simple bassin : il réunit deux piscines, des cabines individuelles ainsi que des espaces de restauration et de rencontre.
Rapidement, les Parisiens adoptent le lieu. Fêtes, compétitions sportives et événements mondains rythment alors la vie de l’établissement. Par ailleurs, Molitor acquiert également une notoriété internationale après 1946, lorsque le bikini y est présenté pour la première fois en France.

Une architecture emblématique du style paquebot
La Piscine Molitor est souvent citée comme un exemple du style paquebot, un courant architectural inspiré des grands navires transatlantiques du début du XXe siècle.
Ce style se reconnaît à des formes simples et dynamiques :
- des lignes horizontales marquées
- des volumes arrondis
- des façades claires et épurées
- une impression de mouvement et de légèreté
À Molitor, ces influences apparaissent dans les coursives superposées, les rangées de cabines, les hublots et les longues lignes horizontales qui rappellent les ponts des navires. Même au cœur de Paris, le visiteur a parfois l’impression d’embarquer à bord d’un paquebot.

Déclin, fermeture et période d’abandon
À partir des années 1980, la Piscine Molitor connaît un déclin progressif. Les installations vieillissent et leur entretien devient difficile.
Finalement, la piscine ferme définitivement en 1989.
Pendant près de vingt ans, le site reste déserté. Peu à peu, des artistes urbains et des graffeurs s’approprient les lieux et transforment les murs en vastes supports d’expression. Grâce à cette nouvelle vie artistique, Molitor devient l’un des sites les plus célèbres de l’exploration urbaine à Paris. Son atmosphère hors du temps attire alors photographes, passionnés d’architecture et amateurs de lieux abandonnés.

Une renaissance patrimoniale au XXIe siècle
Au début des années 2000, les pouvoirs publics et les investisseurs lancent un vaste projet de rénovation. Leur objectif consiste à préserver l’identité architecturale du site tout en lui offrant une nouvelle fonction.
Après plusieurs années de travaux, Molitor rouvre ses portes en 2014. Les équipes restaurent les façades historiques et remettent en valeur les lignes caractéristiques du style paquebot.
Aujourd’hui, le site accueille à nouveau du public sous une forme hybride qui associe piscine, hôtel, spa et espaces de détente.
Presque un siècle après son inauguration, la Piscine Molitor continue d’incarner le dialogue entre patrimoine et modernité. Témoin remarquable du style paquebot à Paris, elle rappelle combien l’architecture des loisirs raconte aussi l’évolution de nos modes de vie et de notre rapport à la ville.
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